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UN SOIR DE SOUVENIRS




par MARIE-ANGE DONOT
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# Online seit Freitag, 11. Juli, 2008 um 04:45

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Nous sommes un soir de juillet.
Tout le long du chemin qui me conduit sur les lieux du passé, je pense à lui, mon grand-père.
Je le sens partout autour de moi.
Je le sens dans le ciel moutonné, dans les grands arbres, les champs et les rivières.
tout ce qui m'entoure me parle de lui, devient lui.
Soudain, c'est comme si la mort n'existait plus, comme si au contraire, elle devenait "vie".
Au loin le ciel s'assombrit et devant mes yeux se dresse une grande maison.
Je l'aperçois et je sais pourtant que son coeur a cessé de battre.
Ce sont les volets baissés qui ont fermé ses yeux en mai dernier.

Dans cette maison ont vécu quatre générations. J'appartiens à la dernière.
Quatre générations de joie, d'amour mais aussi de pleurs et de haine.
Eté comme hiver, la façade en briques rouges de la demeure ne connaît que les vents violents et les brises mauvaises du nord.
Les jours de bon temps, elle reste dans l'ombre à cause des hautes maisons voisines.

Nous sommes un soir de juillet et le ciel s'assombrit de pus en plus.
J'imagine que nous nous retrouvons tous les six, cousins et cousines... nous, ses petits-enfants. Rêves, passions, désirs, souhaits inassouvis ou parfois réalisés (mais jamais tout à fait car les rêves d'un enfant sont beaucoup trop vastes).
Nous sommes enfin devenus des adultes paraît-il .
J'imagine alors, parce qu'il fait très chaud ce soir, que nous retournons pour quelques heures... non, seulement quelques minutes, s'il-vous-plaît... rien qu'un très court moment dans le passé...

# Online seit Freitag, 11. Juli, 2008 um 04:47

Geändert am Samstag, 12. Juli, 2008 um 04:11

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Nous sommes autour d'une bouteille de jus de pommes bien fraîche, d'une boîte de biscuits et de sucre candi qu'il laisse sur la table avant d'aller dormir, abandonnant sa pièce à nous les jeunes.
J'imagine que nous nous retrouvons de nouveau comme à chaque grandes vacances, dans sa petite pièce basse devant le poêle à charbon que l'on rallume "doucement" à la nuit tombante, même quand il fait très chaud, simplement par habitude car les vieux murs de la grande maison, pareils à une vieille dame, ont toujours un peu froid le soir.

Oui je reviens ce soir de juillet.
Et je connais si bien ces lieux que je peux m'y rendre en pensée n'importe quand.
Il y a toujours la table et les chaises en bois, les meubles en chêne qu'avait construit mon grand-oncle. Vous savez ? Celui qui est mort pendant la guerre...
Cette histoire, on nous la contait souvent aux veillées de vacances, seulement lorsque l'on permettait aux "adultes" de faire une petite intrusion dans nos réunions.

La voici cette histoire :
"Mon grand-oncle avait vingt-huit ans en 1916. Il était menuisier-ébéniste. Des allemands avaient rassemblé plusieurs jeunes hommes du village car on avait volé des cochons dans une ferme réquisitionnée. Il leurs firent accomplir une longue marche jusqu'à un bois en leur signalant qu'ils allaient être fusillés. Mais lorsqu'ils furent dans le bois depuis déjà un long moment, comme personne dans le village ne se dénonçait, les allemands les relachèrent.
Les jeunes hommes continuèrent leur vie, heureux d'avoir échappé à la mort, mais mon grand-oncle, mourût quelques mois pus tard d'une forte fièvre causée par la peur"

Dans la grande maison ce soir de juillet, environ septante-cinq ans plus tard, dorment le vaisselier, le bureau, la chambre à coucher, tout ce qu'il a construit de ses mains avant cette terrible première guerre mondiale.
Le temps a effacé les initiales sur le bois mais son âme vit toujours dans ces meubles.
Dans l'armoire se trouve le grand livre de ses comptes. Le nom de tous ces gens du village qui malgré les temps difficiles, avaient besoin d'un table, d'une chaise ou d'une barrière pour garder leur mouton.
Mon grand-père a su garder tous les souvenirs de la famille de sa femme même s'il ne les avait pas connus.

# Online seit Freitag, 11. Juli, 2008 um 05:06

Geändert am Samstag, 12. Juli, 2008 um 17:25

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Dans la petite pièce de mon grand-père, il y a la gande armoire avec sa collection de timbres.
Quand j'étais petite, les dimanches après-midi d'hiver, il sortait tous ses albums et avec fierté me les montrait ; ils étaient tous plus beaux les uns que les autres.
Les timbres me faisaient rêver à des pays lointains que sans doute je ne verrais jamais.
Il y a aussi les énormes dictionnaires que je lui passais un par un lorsqu'il faisait les mots croisés. J'attendais patiemment qu'il me demande la lettre qu'il cherchait.

Nous sommes un soir de juillet.
Après des jours et des jours de sécheresse, la puie s'est enfin décidée à mouiller le ciel.
J'entends les arbres, les herbes, les bois se gorger goulûment de cette eau qu'ils ont tant attendue.


PHOTO : son armoire qui contenait ses nombreux dictionnaires et livres de guerre.

# Online seit Freitag, 11. Juli, 2008 um 07:46

Geändert am Freitag, 11. Juli, 2008 um 15:10

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Nous sommes un soir de juillet.

Aux veillées, de temps en temps maman et ma tante venaient nous raconter discrètement l'histoire de Grand-père pendant qu'il dormait à l'étage.
"Il était arrivé au village dans la gande maison à l'âge de trente-cinq ans. C'était pour en épouser la propriétaire. La maison en ce temps-là était bien plus belle encore. Bordée de fleurs, elle se dressait fière, majestueuse au haut du village.
Un lierre grimpait aux murs, entourait les fenêtres, l'air de rien, un peu plus chaque année.
Les deux autres frères de ma gand-mère étaient morts de maladie à l'âge de cinq et quatorze ans.
Grand-père et grand-mère se marièrent par une douce journée de novembre en 1926 et ils partirent en voyage de noces à Paris. Il travaillait depuis l'âge de 14 ans et avait sûrement pu économiser un peu d'argent. A l'époque au village, c'était assez rare. très peu de personnes pouvaient se permettre un tel voyage et même ceux qui en avaient les moyens n'y pensaient même pas. Tous les enviaient pourtant.
Ils eurent troi filles.
La première mourut d'une broncho-pneumonie à l'âge de dix-ept mois.
Il y avait tellement de neige ce jour-là que le docteur ne pouvait même pas se déplacer.
Dans le champ à côté, des bohémiens attendaient la fonte des neiges pour reprendre la route.
La petite fille des gens du voyage jouait, pieds nus dans cette neige.
Mes grand-parents soignèrent leur petite Lucienne avec ce qu'ils pouvaient trouver dans la maison : tisanes, cataplasmes...
Sa maman la berçant doucement en priant devant le feu de bois, la jolie petite fille blonde ferma ses beaux yeux bleus si brillants qu'ils faisaient fondre les coeurs. Elle partit rejoindre l'autre monde.
En plein coeur de ce mois de février 1929, glacial et neigeux, leur premier enfant retourna à la terre.
Au printemps, les gens du voyage reprirent la route, leur petite fille en pleine santé...


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# Online seit Freitag, 11. Juli, 2008 um 08:01

Geändert am Freitag, 11. Juli, 2008 um 15:09